25 août 2017

Chaman



            « Le jour où Richard Adam comprit qu’il n’avait qu’une vie, il n’avait jamais été si proche du ciel. Et pour cause. Il se tenait en équilibre sur une poutrelle d’acier, à près de soixante mètres de hauteur. Parvenu au bout de son perchoir, il s’arrêta, retint son souffle, et contempla une dernière fois le paysage qui s’offrait à lui, telle une flaque d’or blanc. Il pensa que la vue était sublime, et la vie, terriblement fragile. Un souffle de vent, un faux pas, et il disparaîtrait à jamais. Il s’envolerait tel un oiseau dans les nuées.
Il n’avait jamais été vraiment sujet au vertige. Jusqu’à aujourd’hui. »


      Je tiens tout d’abord à remercier la plateforme NetGalley et les éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

       Pourquoi ce livre ? Parce que Maxence Fermine est un auteur contemporain que j’ai énormément apprécié par ma première découverte de son œuvre, à savoir Neige. Coup de cœur profond pour ce livre poétique, j’étais curieuse de renouveler l’expérience. Quand j’ai vu cette future parution sur le site de NetGalley, je n’ai pas résisté à la tentation. De plus, rêveuse par nature et très curieuse à propos de la culture chamanique, le sujet me tentait aussi bien que son auteur. Une pierre, deux coups !

       Si je fus surprise de découvrir que c’était un service presse aux épreuves non-corrigées, j’ai opté pour la jubilation plutôt que le mécontentement. En règle générale, je fais mauvaise mine car j’ai l’impression de faire le « travail de l’éditeur » à sa place. Ici, au contraire, il me permettait de juger la plume directe de Maxence Fermine, une chance que j’apprécie particulièrement.

       Chaman se lit aussi rapidement que Neige. Petit livre à lire, le format court des chapitres ne peut qu’en accélérer la lecture. On en vient à le dévorer en un temps record, happés par l’évolution de Richard Adam, le personnage principal.
       L’intrigue relate en effet un retour aux sources d’un homme « civilisé » - dans le sens où il vit en ville – dont le sang indien coule dans ses veines, héritage maternelle. Ladite mère est morte sous peu, et Richard tient à tenir la promesse arrachée sur le lit de mort, à savoir d’enterrer sa mère bannie de la réserve selon un cérémoniel indien. De retour parmi les siens, Richard va se détendre, changer imperceptiblement, devenir un autre homme jusqu’à apprendre la vérité sur sa véritable nature.
       Le titre ne laisse présager aucune surprise quant à la tournure des événements, pourtant une certaine forme de pureté sur le retour aux sources, sur la quête initiatique inversée, apporte une harmonie à l’ensemble de l’œuvre, insufflant de l’apaisement à son lecteur. Une quête initiatique inversée, comme je le disais, car l’homme ne recherche pas le progrès et la sophistication d’une bonne situation, mais au contraire un but à sa vie, quelque chose de naturel, d’épuré.
       Je dois dire que j’ai partiellement apprécié cette œuvre. Le début est excellent, le milieu aussi, mais les idées de la fin sont trop brutales. L’ensemble manque de transition, clairement, tous les changements s’opèrent trop rapidement, créant du rythme à l’intrigue mais perdant en réalisme. Peut-on réellement changer en moins d’une semaine ? Peut-être, mais pas aussi irrévocablement, de plus sans savoir de quoi on met les pieds. La fin est l’achèvement de cette quête initiatique, mais elle est à peine rendue crédible par ce que j’expliquais juste avant. Un peu déçue donc, même si je garderai un bon souvenir de l’ensemble.
      
       [/!\ Spoiler = J’ai beaucoup aimé que ce soit des hommes blancs qui viennent semer le trouver dans la vie paisible de la réserve et particulièrement celle de Richard. Cela donne le sentiment de l’éternel recommencement, une mise à l’échelle de l’Histoire d’Amérique du Nord, lorsque les Indiens étaient traqués, pourchassés, décimés, exterminés. J’ai grandement apprécié cet effet, car elle impacte notre réflexion sur lesdits événements.]

       Autre petit plus qu'il fait toujours bon de souligner, chaque chapitre débute par une parole, une citation, un proverbe prononcé par un Indien de renom. En lien avec le sujet du chapitre, ces ouvertures sonnent toujours juste, avec un réalisme, presque une cruauté, implacables. C’est cela, plus que le récit, qui me marquera dans la durée.

       Richard Adam est un personnage dur, taillé comme un roc. Silencieux, il présente les caractéristiques que l’on s‘attend à retrouver chez un Indien pure souche. Il parle peu, observe beaucoup, dans une dureté irascible. On ne peut pas s’attacher à ce personnage, son caractère ne le permet tout simplement pas. Et pourtant, une certaine connivence s’installe sans qu’on y prenne garde et le désastre qu’il subira nous affectera, par surprise.
       J’ai beaucoup aimé en revanche les caractères féminins présents dans le récit. Olowan et Winona, deux Indiennes au caractère bien trempé, forte et indépendante. Le genre de personnages marquant par leur force d’esprit et leur débrouillardise.
       Outre cela, les personnages n’affluent pas, ce qui est pour moi un bon point dans un tel récit. On évolue en petit comité, on s’attache plus ou moins, mais l’univers dans lequel on évolue à plus d’impact quand on le découvre en compagnie d’un nombre restreint d’individus. Cet effet a bien fonctionné ici !

       Enfin, la plume de Maxence Fermine a su me charmer, trouvant en moi un écho. C’est quelque chose de très difficile à expliquer, mais pour faire simple je me suis laissée bercée par ses phrases, quand le sujet est autrement plus cruel. Je pense que vous comprendrez ce que je souhaite dire si vous lisez un jour une œuvre de cet auteur.



     Après ce que j’ai pu dire, on peut croire que je ressors déçue de cette lecture, il en est tout autre. Si la fin abrupte m’a déplu, je suis heureuse d’avoir retrouvé le récit onirique de Maxence Fermine. Ses personnages, s’ils manquent d’attachement, n’en sont pas moins puissants et je suis contente d’avoir cheminé à leurs côtés. Je renouvellerai l’expérience d’un nouveau livre de cet auteur, à coup sûr, car je devine que, pour un auteur contemporain, il aura bien du mal de me décevoir.



14/20

6 commentaires:

  1. Je viens de le terminer aussi, j'ai beaucoup aimé (sauf un certain passage mais qui est un choix de l'auteur et que je comprend pour le récit lui même, je ne peut pas en dire plus afin de préserver l'intrigue).
    Pour ce qui est de Maxence Fermine, à tu lue Opium ? (c'est une histoire sur le commerce du thé en chine) et Le papillon de Siam ? (Un homme recherche un papillon rare entre le Cambodge et le Vietnam), ce sont deux merveilleux romans (courts par contre, comme Chaman, pas comme Neige). Si tu ne les as pas lus, je te les conseilles fortement !

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    1. Contente de voir que le livre rencontre du succès, cet auteur le mérite bien :)
      Je prends note de ces deux conseils, hormis Neige je n'ai lu aucun livre de Fermine mais c'est un tort que je compte bien réparer car je suis toujours conquise par sa plume ! Merci !

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  2. J'ai découvert ce titre sur NetGalley et j'avoue que le résumé m'a de suite tapée dans l'oeil^^ J'aimerais beaucoup le lire après ton avis, même s'il y a des points qui t'ont moins plu...

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    1. Certains points ne m'ont pas convaincu mais après plus d'un mois de lecture, le souvenir que j'en converse est positif, je te conseille donc de te laisser tenter et, qui sait, peut-être accrocheras-tu davantage que moi ;)

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  3. Coucou Mana !
    Nous sommes amies sur Livraddict, et je prends enfin le temps de venir sur ton blog :) J'ai très envie de découvrir Maxence Fermine, notamment avec son roman "L'Apiculteur". Celui-ci me tente également beaucoup, j'aime bien lire des récits initiatiques et qui donnent matière à réfléchir, des récits un peu philosophiques...

    Merci pour ta chronique, elle donne envie de savourer ce roman ! ^^ Je profite de déposer un commentaire ici pour te laisser le lien de mon blog. Je ne sais pas si tu y es déjà allée, mais au cas où voilà l'adresse : http://suericette.canalblog.com

    À bientôt ! Bises

    Sue-Ricette

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    1. Hey, oui je sais très bien =)

      Je ne connais pas du tout la référence citée, comme j'ai pu le glisser, j'aime Maxence Fermine mais je n'en ai pas lu beaucoup ^^
      Tu peux foncer pour Chaman, tu sembles être le public visé pour ce livre, y'a peu de raisons pour que tu n'apprécies pas ce qu'il raconte ;)

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